Che, Ernesto Guevara une légende du siècle

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Che, Ernesto Guevara une légende du siècle

Message  Admin le Lun 24 Nov - 21:56

Le Coat Gwendoline

Edition : Points, 1998


Fiche de lecture
Che, Ernesto Guevara une légende du siècle


L’ouvrage étudié, Che, Ernesto Guevara, une légende du siècle, est une biographie d’Ernesto Guevara, vénézuélien rendu célèbre par son engagement dans la révolution cubaine de 1956-1959. Le travail de recherche et d’écriture a été mené par Pierre Kalfon. Pierre Kalfon est un journaliste, écrivain et diplomate français, diplômé de lettre et de sciences politiques. Son attrait pour l’Amérique Latine l’a amené à travailler durant plusieurs années au Chili, au Venezuela ou encore en Uruguay. Cet ouvrage sur le Che, qui se considérait plus comme un habitant d’Amérique que comme un simple vénézuélien (cf. le titre de la 1e partie du livre « Notre Amérique majuscule »), s’inscrit donc dans cette logique. Il a été publié pour la première fois aux éditions du Seuil en 1997 et retrace la vie du Che de sa naissance à sa mort.
La vie d’Ernesto Guevara, regardé dans son ensemble est bien marquée par des étapes clairement distinctes, que Pierre Kalfon reprend en tant que parties dans son ouvrage : il s’agit premièrement de la jeunesse de Guevara, accompagnée de son éveil à la politique, ensuite, il s’agit des années Cuba, marquées par son engagement en faveur de la révolution, enfin, ses dernières années se terminent par une errance, avec toujours comme objectifs la révolution et la construction d’un homme nouveau, mais cette fois soldées par des échecs. Cette biographie, tout en nous faisant découvrir un Che dans sa globalité et non plus comme un simple héros de la Sierra Maestra, nous permet aussi par la même occasion de découvrir les relations mondiales de l’époque, en plein conflit de la guerre froide, sous un point de vue pouvant être insolite pour un spectateur occidental.

Tout d’abord, cette biographie retrace le parcours d’Ernesto Guevara, vénézuélien né en 1928 dans une famille bourgeoise. La première partie du récit s’attache à la jeunesse de Guevara, nous amenant à se focaliser sur les prémices nous indiquant le futur Che en Ernesto. Celui-ci souffre d’un asthme très important que ses parents vont chercher à réduire en voyageant de région en région pour trouver un climat propice et en imposant au jeune Guevara un régime très strict. Ainsi, dès sa jeunesse, Guevara à l’âme d’un voyageur au caractère fort, de leader. Son éveil politique débutera quant à lui lors de ses voyages de jeunesse à travers le continent sud américain (1951-1952 et 1953-1955). Tout en découvrant concrètement ce continent auquel il est très attaché, il découvre par la même occasion la condition souvent misérable de ses habitants, vision dont sa jeunesse bourgeoise l’avait épargnée, en rencontrant des mineurs ou d’autres travailleurs. De là lui vient aussi son inimitié pour les Etats-Unis, puissance qui dès cette époque possède et exploite la plupart des richesses de tous le continent américain. Son deuxième voyage l’entraine encore plus vers la politique puisqu’il assiste, amer mais intrigué, à la révolte raté au Nicaragua et fera la connaissance, à son point d’arrivée d’un jeune survolté cubain, Fidel Castro. Si Guevara apparait comme un homme d’action, toujours en mouvement et toujours tentant de repousser son asthme à ses limites, il était aussi un homme cultivé et passionné de lecture : en effet, après son premier voyage, il obtient son diplôme de médecine (ce qui lui permettra de devenir le médecin attitré du mouvement de Fidel Castro) et dès que le temps, ou son asthme, le lui permet, celui-ci dévore quantité de livres. Il s’intéressera d’ailleurs bientôt à la lecture et à la théorie marxiste, ce qu’il va développer en compagnie de Raul Castro, frère de Fidel et communiste affirmé. Par la suite, il intègre le groupe de Fidel Castro qui s’embarque pour Cuba. En effet, Guevara, souvent considéré comme un solitaire sera dès le début impressionné par la volonté de Fidel. De là nait la légende, un groupe composé au départ d’une vingtaine de guérilleros après la débâcle de Granma réussit après trois ans de combats armées contre l’armée de Batista à prendre le pouvoir à Cuba. Des guérilleros ont donc mis fin à une dictature, à la main de la puissance américaine. Dans la Sierra Maestra, lieu de la guérilla, Guevara, connu à présent comme le Che, l’Argentin, commence à fonder sa légende. En effet, il développe déjà un caractère déterminé et désintéressé. L’autre part de sa personnalité apparait aussi et il n’hésite pas à prendre les armes, à sanctionner tout manquement aux ordres. Il devient commandant d’une colonne qui entre triomphante en janvier 1959 à la Havane, tout comme Fidel Castro ou Camilo Cienfuegos, proche ami de Guevara. A partir de là, Guevara, le guérillero, se transforme en politicien de cabinet et sera tour à tour ministre de l’industrie ou encore directeur de la banque nationale cubaine et organisera la planification. Cependant, après plusieurs années, et de nombreux échecs politiques, comme le ralentissement de la production sucrière pour s’orienter comme l’URSS vers l’industrie lourde, le Che se détache lentement de la ligne de conduite cubaine et affirme de plus en plus une vision personnelle. On peut donc penser comme un éloignement sa nouvelle mission qu’est de parcourir le monde (Chine, URSS, Algérie,…) pour promouvoir Cuba. Mais celui-ci s’accommode de son nouveau rôle. Cependant, l’envie du combat finira par reprendre le dessus (ou il y sera pousser par tous les officiels cubains excédés de ses prises de positions?). Ainsi, à partir du 14 mars 1965, Guevara passe dans la clandestinité et part pour le Congo, rejoindre un nouveau front de guérilla. Cependant, cette tentative sera un total échec : la guérilla n’est pas motivée, les dissensions tribales sont fortes. Il n’était pas préparé au choc culturel de l’Afrique et revient à Cuba après 7 mois. Mais son envie de terrain le fera repartir seulement quelques mois après pour la Bolivie, proche du Venezuela, qu’il se verrait bien libéré de l’impérialisme. Son peu de patience l’aura peut être poussé au résultat qui l’attend sur place, il n’a pas attendu que la guérilla soit en place et le choix de la région, fait à la va-vite se révélera vite catastrophique : peu d’habitants et ceux présents ne parlant que le quechua. Guevara, dans son idéal de libérer les populations pour créer un homme nouveau se perdra au fond de la jungle bolivienne, traqué par la CIA et tué par un militaire le 9 octobre 1967, à près même pas un an sur place.
De plus, si la vie de Guevara apparait bien décrite à travers cet ouvrage, sa pensée et sa vision du monde de son époque est aussi transcrite. En effet, Guevara était un penseur et avait un besoin de transcrire ses pensées par écrit. La quantités de ses documents à donc permis de découvrir sa pensée, bien que la plupart de ceux-ci soient encore soigneusement gardés par le gouvernement cubain. Si Guevara s’inspire du communisme, il s’en détache aussi par certains points et développe sa propre théorie : tout d’abord de la guérilla à travers son ouvrage la guerre de guérilla, systématisation de la méthode cubaine, ou d’autres textes mais il développe aussi une théorie sur la naissance après cette révolution contre l’impérialisme d’un homme nouveau. Il se détachait du communisme car, si Guevara était un homme intelligent, il a gardé longtemps un aveuglement naïf sur l’URSS qu’il abandonnera suite notamment à la crise des fusées de 1962. Mais si un Guevara intransigeant sur ses exigences pouvait avoir cette nouvelle théorie, elle représentait surtout un idéal inapplicable à la réalité, ce qui explique son échec, que ce soit pour créer cette nouvelle société à Cuba ou dans ses nouvelles aventures au Congo ou en Bolivie. Si Guevara est intéressant sur ce point il l’est aussi de voir la vision de l’époque qui se dégage à travers sa vie. En effet, Guevara vient, si ce n’est des colonies, d’un tiers monde dominé par les puissances occidentales, auxquelles il s’oppose fortement. Ainsi, on le verra d’abord fervent défenseur de la doctrine communiste, ce qui se finira abruptement avec la crise des fusées à Cuba en 1962, où son idéalisme se verra confronté à la réalité de l’équilibre de la Terreur sous la guerre froide (l’URSS devra retirer l’arme nucléaire de Cuba, sans sa consultation préalable). Il défendra donc aussi, toujours sous la guerre froide, la théorie du non alignement, comme le montrera son discours à la conférence tricontinentale se déroulant à Cuba.

Au final, Guevara aura eu une vie marquée par l’intransigeance de son caractère et de ses idéaux tout en demeurant un homme de son temps, pris dans les querelles politiques de la Guerre Froide, de la vie politique cubaine. Cependant, malgré son idéologie, pouvant être controversée, ou encore son caractère dur, Guevara reste quarante ans après sa mort une légende. Son intransigeance et sa fougue (il était l’homme qui n’était « pas né pour mourir grand père ») font de lui, après sa mort, un martyr. La volonté de changement et l’idéalisme demeurent aujourd’hui les caractères du personnage. Un an après sa mort, il en deviendra même le symbole, affiché, avec son portrait fait par Korda, dans toutes les manifestations qui marqueront l’année 1968.
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