Gandhi : Christine Jordis

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Gandhi : Christine Jordis

Message  Admin le Mer 26 Nov - 23:49

Gandhi
- Christine Jordis -



Ecrivain, critique, éditeur, Christine Jordis, docteur ès lettres (spécialité littérature anglaise) s’occupe du roman anglais aux éditions Gallimard et collabore au journal Le Monde. Couronnée de divers prix tels que les Prix Marcel-Thiébaud, Médicis, Valery Larbaud ou plus récemment Cabourg, Christine Jordis révèle par l’écriture sa passion pour l’Asie à travers des livres comme Bali, Java, en rêvant (2001), Promenades en terre bouddhiste, Birmanie (2004). Elle publie en 2006 chez Gallimard, Gandhi, une biographie sur Mohandas Gandhi, une des personnalités les plus marquantes de l’histoire de l’Inde du XXème siècle. Elle est aidée dans son travail par des références nombreuses à d’autres grandes biographies sur Gandhi écrites par Jawaharlal Nehru, Romain Rolland ou encore Erik Erikson.

Raconter la vie de Mohandas Gandhi (1869–1948) sans faire de parallèle avec l’histoire de l’Inde à la même période semble bien difficile voire impossible.
Mohandas Karamchand Gandhi naît le 2 octobre 1869 à Porbandar, dans la province du Goujarat en Inde, alors sous domination britannique. Sa famille appartient à la caste des vaisya, plus précisément à celle des banian, c’est-à-dire à celle des marchands. Il épouse Kasturbai à l’âge de 13 ans, fait par la suite des études de droit en Angleterre. Gandhi est présenté comme un jeune garçon très tôt sensibilisé aux questions familiale et spirituelle et qui malgré son jeune âge trouve dans toutes ses expériences de vie (comme le vol, le décès de son père) une explication morale. Pour lui, l’amour (ou ahimsa) et la recherche de Vérité, qui se mêle au spirituel (la découverte de la Gita) déjà sont les valeurs essentielles à respecter (l’exemple du vol de Gandhi). Ce sont ces mêmes valeurs qui seront les valeurs directrices de la doctrine gandhienne, le satyâgraha, qui le guidèrent tout au long de son combat pour l’Inde indépendante.

L’Afrique du Sud. Ce sont les premières confrontations brutales avec la discrimination raciale dont font preuve les Britanniques à l’encontre des Indiens. Même si Gandhi reste encore à cette période favorable à l’Administration anglaise – la preuve en est avec le soutien qu’il apporte aux Anglais lors de la guerre des Boers en 1900 –, il reste marqué par la violence, la barbarie dont elle fait preuve. Il encourage la communauté indienne à s’unir : il crée en 1894 le Congrès national indien, première association qui lui permet de récolter toutes les informations sur les conditions de vie des Indiens. C’est avec cette même communauté, dont il est au fur et à mesure de le guide spirituel et politique – « Il était […] pour moi l’homme le plus parfait sur la scène politique » disait Gokhale –, qu’il mène ses premières luttes et remporte ses premières victoires (le retrait de la loi discriminatoire du Black Act), quitte à passer par la prison. Ici, Jordis s’intéresse plus particulièrement en dehors du contexte historique à la doctrine gandhienne qui lui permit de lutter face à la répression anglaise injuste : le satyâgraha ou la non-violence. Basé sur la quête de l’Amour, de la Vérité, de Dieu (des synonymes pour lui), il conduit Gandhi à préciser sa mission sur Terre : servir, soigner, spiritualité. La doctrine nous est expliquée en détail pour que le lecteur puisse en saisir sa force, les raisons nobles pour lesquelles Gandhi s’évertuera à la respecter jusqu’à sa mort, dans son combat pour une Inde indépendante, unifiée et pacifiée, pour la fin du système inégalitaire des castes – d’où son investissement pour les intouchables. Parallèlement, Jordis souligne le pouvoir important de conviction qu’avait déjà Gandhi sur les foules, alors âgé d’une trentaine d’années. Ce même pouvoir fera de Gandhi le leader charismatique et idolâtré de l’Inde pendant les années de lutte.

Face à la répression barbare, sanglante de l’Administration anglaise – par exemple, le massacre d’Amritsar en 1919 – légitimisée par le « fardeau de l’homme blanc » ou la volonté sincère d’apporter la « bonne » civilisation en Inde, Gandhi organise la rébellion. Au recours fréquent au satyâgraha (1917 à Champaran, en 1918 à Ahmedabad), s’ajoute un nouveau mode d’action : la politique. Il en prend la tête en 1921 avec un programme surprenant : celui de la non-coopération avec les Anglais pour obtenir au final le Swaraj ou auto-gouvernement. C’est un tournant majeur dans la politique gandhienne. Il en résulte un prestige d’autant plus grand autour de sa personne. Alors en prison, Gandhi et le Congrès doivent affronter les premières difficultés internes avec la fracture de plus en plus importante entre hindous et musulmans. Jordis met en valeur le tournant de Gandhi envers le système britannique : il passe de l’admiration au rejet de la civilisation anglaise, de la civilisation moderne au-delà. Il propose alors un retour à ce qu’il nomme l’indianité. Cela impose un retour à certains aspects des anciennes structures sociales et économiques de l’Inde – symbolisées par le rouet – et l’émancipation des consciences : inversion des codes sociétaux « la splendeur de la cour du vice-roi [anglais] et des princes […] semblèrent tout à coup parfaitement ridicules et vulgaires », amélioration de la condition des intouchables, instruction. Gandhi est alors le leader incontestable de l’Inde mais les excès d’admiration posent un problème dans la doctrine gandhienne : le pouvoir de Gandhi est-il alors la conviction authentique ou est-il la fascination pour le maître ?

Tandis que de nouvelles personnalités émergent au Congrès comme Jawaharlal Nehru, les grandes campagnes de satyâgraha et de désobéissance civile organisées par Gandhi se poursuivent dont la plus importante – la Marche du Sel (1930) – : le rapport de force Anglais/Indiens s’en trouve inversé. La campagne de communication de Gandhi est très appréciée par la population (musulmans, hindous, sikhs…). En 1939, la Seconde Guerre mondiale éclate. Gandhi, farouchement opposé à l’envoi de troupes en Europe au début, se résigne à son plus grand désarroi à en envoyer. Il est terrorisé par une possible partition que la Ligue musulmane de Mohammed Ali Jinnah réclame depuis quelques années et que le Royaume-Uni est prête à concéder. A la fin de la guerre, les détracteurs vis-à-vis de Gandhi se font plus nombreux : il est moins écouté du peuple et du Congrès – ce qui n’entache en rien son prestige immense au vue de ces jeûnes et des réactions qu’ils suscitent. C’est ainsi que le Congrès accepte l’indépendance de l’Inde avec la partition le 15 août 1947. Il est assassiné le 30 janvier 1948 par un fanatique hindou.

Il aurait été apprécié de la part de Christine Jordis de s’intéresser à un aspect contradictoire de la personnalité de Gandhi. Alors qu’il a été, est et sera encore longtemps respecté pour le dévouement dont il a fait preuve au près des populations indiennes, et même étrangères (son concept de non-violence a été repris par Martin Luther King lors du Mouvement noir pour les droits civiques), le côté tyrannique envers sa propre famille porte souvent à débat. Jordis n’apporte que peu d’éléments sur celui-ci. Cela dit elle n’essaye pas de faire passer Gandhi pour un ange : elle évoque à plusieurs reprises les limites de sa philosophie économique, comme le fait de baser l’économie indienne et internationale sur le rouet. Cependant Gandhi fait preuve d’une justesse étonnante lorsqu’il parle des travers de la mondialisation économique, à savoir l’accentuation des inégalités socio-économiques entre les catégories sociales, les peuples, les continents qui sont plus que jamais d’actualité.
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