Chapitre 8

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Chapitre 8

Message  Admin le Mar 23 Sep - 17:48

Les mouvements des nationalités


1.Caractères du mouvement des nationalités


L’Europe juxtapose des groupements linguistiques, ethniques, historiques, qui se conçoivent comme des nations. Le mouvement des nationalités suppose à la fois l’existence de nationalités, et l’éveil du sentiment d’appartenance à ces nationalités.
Le mouvement des nationalités au XIXème siècle a été en partie l’œuvre d’intellectuels, grâce aux écrivains qui contribuent à la renaissance du sentiment national, aux linguistes qui réhabilitent et purifient la langue, et aux historiens qui cherchent à retracer le passé de la nation. De plus, il fait intervenir des intérêts, si bien qu’ici encore, les approches sociologiques et idéologiques doivent être conjuguées ; ces intérêts sont notamment présents dans les cas où le développement de l’économie passe par l’unification, et le dépassement des particularismes.
Ainsi, à la source de ces mouvements se trouvent réunis la réflexion, la poussée du sentiment nationaliste, et les intérêts.

Le courant des nationalismes couvre une période très longue, s’étendant sur tout le XIXème siècle ; il passe ainsi à travers le libéralisme, la démocratie et le socialisme. En réalité, il commence à s’affirmer dès 1815, et à la veille de la Grande Guerre il n’a rien perdu de son intensité.

Tous les pays, ou presque, ont connu des crises liées au fait national, même ceux dont l’unité nationale n’était pas un fait nouveau : la Grande-Bretagne avec la question de l’Irlande, qui prend une gravité croissante ; la France, avec la perte de l’Alsace Lorraine en 1871 (traité de Paris) ; l’Espagne, où les particularismes catalans et basques résistent à l’effort d’unification de la monarchie.
Et c’est là la situation dans les pays d’Europe de l’Ouest, qui sont pourtant unifiés depuis longtemps ; la situation dans les pays d’Europe de l’Est , où les frontières sont encore mouvantes, où la géographie politique n’a pas encore pris sa forme définitive et où les peuples cherchent encore leur identité (on y reviendra) est encore pire.

Le fait national apparaît donc comme universel : c’est là un trait qui différencie les relations internationales avant, et après 1789. Dans l’Europe monarchique, les ambitions des rois étaient les points de départ des conflits ; au XIXème siècle, le sentiment national a pris la place du sentiment dynastique : les guerres d’unité en Italie et en Allemagne procèdent du sentiment national.

Le fait national n’est marqué par aucune idéologie déterminée ; néanmoins, il ne se suffit pas à lui-même : il constitue un fond, un moule dans lequel l’intelligence politique peut se fondre, quelque soit son inclinaison. Il peut accompagner une philosophie de droite comme de gauche ; seule exception : le socialisme, qui, de par son internationalisme revendiqué, ne s’intéresse pas à la grandeur de la nation.
On différencie ainsi deux nationalismes : le premier, issu des de l’héritage de la Révolution française, populaire et démocratique, le second issu de l’aristocratie, conservateur et traditionaliste.


2.Les deux sources du mouvement

La Révolution Française


La Révolution française a pu susciter le nationalisme de trois manières au moins :
L’influence de ses idées, l’indépendance et l’unité nationale découlant des principes de 1789, en est la première. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est le prolongement de la liberté individuelle. De plus, la Révolution a tendance à nier le passé, et donc à renier la légitimité, dissolvant les édifices historiques et les constructions politiques des monarques. Deux principes s’opposent donc : celui du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, et le principe d’historicité qui reconnait à la durée la légitimité.

Le deuxième mode d’influence est l’exemple donné par la France, en tenant tête à l’Europe toute entière, montrant la ténacité et la force du patriotisme de cette «grande nation ». La Révolution appuie son exemple par l’intervention armée, libérant certains pays de dominations, réalisant temporairement leur unité.

Enfin, la Révolution agit par les réactions qu’elle provoque ; l’Europe, dominée par la France, sous son administration, sous son occupation militaire, réagit contre ces contraintes ; c’est ainsi que s’éveille le sentiment national, l’aspiration à l’indépendance et le désir de chasser l’envahisseur….

En 1913, lors de la bataille de Leipzig, la « bataille des nations », les Français trouvent en face d’eux non plus des souverains, mais des nations insurgées. Vingt ans plus tôt, à Valmy, les soldats de la Révolution française avaient écrasé les mercenaires des autres pays européens, démontrant la force apportée par le sentiment national ; à Leipzig, ces nations, désormais insurgées, et après avoir suivi l’exemple français, se sont montrées bien plus pugnaces.


Le traditionalisme


Le fait national a une seconde explication, qui celle-là ne doit rien ni à la Révolution, ni à la démocratie ou à la liberté : c’est « l’historicisme ». Il met l’accent sur la singularité des destinées nationales, propose aux peuples de retourner à leur passé, de cultiver leurs particularismes.
Ce courant est très lié à la redécouverte du passé ; notamment sous l’influence du romantisme.
Ainsi, on remonte jusqu’aux traditions du Moyen-âge, on ressuscite la langue nationale qui, plus qu’un moyen de communication, est considéré comme une véritable structure mentale ; on s’acharne donc à retrouver la langue originelle.
C’est souvent par là que débute le sentiment national.

Les minorités se remettent à parler leur langue, au grand dam de l’oppresseur, dont elles boudent la langue. Lorsque l’oppresseur pratique une autre religion que celle de la nationalité soumise, religion et nationalisme se confondent. La religion devient ainsi parfois le symbole de la singularité nationale. Au XIXème siècle, il est rare que les minorités protestantes soient soumises à la domination d’Etats catholiques ; c’est donc le catholicisme qui devient le symbole de la résistance nationale contre une domination étrangère.


Ainsi, si le premier nationalisme était de gauche et prônait une société libérale ou démocratique, le second, au contraire, exalte les traditions historiques, se réfère au passé aristocratique, féodal et religieux, et, en bref, cherche à restaurer l’ordre social et politique de l’Ancien Régime.

Si, à l’ouest, le nationalisme hérité de la Révolution est premier, à l’est de l’Europe c’est celui qui trouve sa source dans l’historicisme qui prédomine d’abord. On retrouve ainsi une dissymétrie entre deux Europes, l’une plus ouverte au changement et tournée vers l’avenir, et l’autre plus fidèle au passé.


L’évolution du mouvement entre 1815 et 1914

L’histoire de l’idée nationale au XIXème siècle tient presque toute dans les oscillations entre le nationalisme de gauche et le nationalisme de droite, entre démocratie et tradition.
Au Congrès de Vienne de 1815, les souverains et diplomates, affairés à détruire l’œuvre de la Révolution, n’ont pas tenu compte, dans la reconstruction de l’Europe, de l’aspiration à l’indépendance et à l’unité des peuples, qui les avaient levés contre Napoléon, au côtés des rois.
L’Allemagne est ainsi déçue par le retour au morcellement, les Italiens plus encore par la domination étrangère.
Ce Congrès, qui opprime du même coup le sentiment national et l’idée libéral, s’aliène du même coup les mouvements de nationalité et les mouvements d’opposition à la Sainte Alliance. En effet, l’Alliance, entre 1815 et 1830/1840, entre le mouvement des nationalités et l’idée libérale provient de la méconnaissance par les diplomates des aspirations nationales : les deux mouvements se confondent désormais. Quand, en 1815 ou 1820, l’on parle de « patriotes », on évoque indifféremment les libéraux qui luttent pour l’instauration d’un régime de liberté contre les monarchies absolues, ou des nationaux qui veulent affranchir leur pays de l’occupation étrangère.

Les révolutions de 1830 sont ainsi à la fois libérales et nationales : quand elles réussissent, elles instaurent l’indépendance et fondent la liberté. On peut citer en exemple la Belgique, qui en 1831 se soustrait à la domination étrangère et se dote d’une constitution libérale.
Dans un second temps, parallèlement à la relève du libéralisme par la démocratie, les régimes libéraux deviennent démocratiques. Entre 1830 et 1850, presque tous les mouvements nationalistes sont portés par une idéologie démocratique.
Cette conjonction de la démocratie et du fait national s’épanouit avec les révolutions de 1848, qu’on a appelées le « Printemps des peuples ». Le mouvement nationaliste est démocratique, et réciproquement les révolutions démocratiques tendent la main aux mouvements nationalistes de l’extérieur.

Le nationalisme est tantôt unitaire, tantôt séparatiste, selon les situations géographiques ; mais la seule distinction majeure reste celle, fondamentale, entre les deux inspirations, traditionalistes ou démocratiques.
En 1848, les nationalismes se rattachent à peu près tous à la tradition démocratique.
Ces mouvements échouent rapidement, écrasés pour la plupart en 1849/1850. Mais ils aboutissent, à terme, dix ou vingt ans plus tard.
C’est en effet la troisième vague de révolutions, de 1850-1870, qui est la plus décisive, réussissant la où les deux autres avaient échoué.
Ces révolutions se distinguent par trois traits principaux :
Le principe des nationalités est désormais admis comme un principe du droit international.
Si ces mouvements prennent appui sr le peuple, c’est parfois au détriment des libertés individuelles. En Allemagne, Bismarck prend appui sur le peuple contre les particularismes régionaux ; un schisme se produit dès lors au sein du parti libéral : la majorité des libéraux prussiens sacrifie la liberté individuelle à la réalisation de l’unité nationale, et prend le nom de nationaux-libéraux.
On compte moins sur un soulèvement spontané du peuple, et plus sur les moyens « classiques », la guerre étrangère, la diplomatie, les jeux d’alliance : on abandonne le mythe de l’insurrection populaire. Bismarck, pour sa part, aboutit à ses fins au prix de trois guerres et d’alliances extérieures.


Ainsi, en 1870, la carte de l’Europe est profondément modifiée. Les problèmes nationaux ne sont pas tous encore réglés : le sentiment national polonais ne s’est pas éteint, malgré l’échec de deux révolutions en 1830 et 1863. Quant à l’Empire ottoman, les problèmes de nationalité sont son cauchemar permanent.

La constitution de la Bulgarie en une nationalité autonome, en 1878, ainsi que les guerres balkaniques de 1912 et 1913 consomment la ruine de l’Empire ottoman.
La question de l’Irlande, elle, rebondit du fait du terrorisme. Et les guerres qui ont permis l’achèvement de l’unité allemande et italienne, en 1860-1870, ont créé de nouveaux sujets de discorde, avec l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine par l’Allemagne. L’irrédentisme italien, pour sa part, réclame plusieurs territoires qui manquent encore à l’unification italienne : le Trentin, Trieste, l’Istrie et la côte dalmate.
Les nationalités slaves de l’Est se rapprochent progressivement de la Russie ; contre le panslavisme, se dessine un bloc Austro-allemand qui rêve de réaliser le programme du pangermanisme.

Le nationalisme évolue un peu partout dans sa forme ; en France, au lendemain de la défaite de 1871 et de l’amputation territoriale, se substitue au nationalisme de 1848 expansif, généreux, universaliste et fraternel un nationalisme de repli, blessé, amer, meurtri. C’est ce nationalisme qui inspire le boulangisme, la pensée de Maurras et de Barrès ; il est volontiers xénophobe et exclusif.
Progressivement, le nationalisme devient synonyme de réaction politique et sociale ; il se dresse contre l’internationalisme socialiste.
On considère que le fait national a été un fait essentiel de la transformation de l’Europe.
avatar
Admin
Admin
Admin

Messages : 171
Date d'inscription : 07/09/2008

Voir le profil de l'utilisateur http://prepa-sciencepo.forumactif.org

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum