1.Fiche de lecture: Pierre Bourdieu, vie œuvres concepts (Patrice Bonnewitz)

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1.Fiche de lecture: Pierre Bourdieu, vie œuvres concepts (Patrice Bonnewitz)

Message  Cyprien le Jeu 16 Oct - 19:32

3 Chapitres : 1) Biographie essentielle ; 2) Principales œuvres ; 3) Concepts fondamentaux

Chapitre 1 : Biographie essentielle

I. Une trajectoire originale

A. Ruptures sociales et professionnelles


1. D’une origine « modeste » à une position dominante
Les éléments biographiques permettent de rendre compte de qq propriétés « objectives » de l’auteur.
Né en 1930 dans les Pyrénées atlantiques. Son père fonctionnaire des PTT. Marié en 62, a 3 fils. Etudes au Lycée de Pau puis Louis Le Grand puis à l’ENS (en sort agrégé de philosophie). Enseigne alors en tant qu’assistant entre 58 et 60 en Algérie où il effectue son service militaire, ce qui lui fournit un terrain d’étude privilégié (sort plusieurs ouvrages). Puis est nommé à la Fac de Lettres de Paris, avant d’aller à Lille. En 1981, occupe la chaire de sociologie du collège de France ; en 93 obtient la Médaille d’Or du CNRS. Dirige depuis sa création en 75 la revue Actes de la recherche en sc sociale. Décède en 2002.

2. De la philosophie à l’anthropologie
Comprendre sa conversion de la philosophie à la sociologie. Dans les années 60, la philosophie existentialiste de Sartre, qui déniait la science pour son caractère manipulatoire, est sur le déclin. De plus, la conjoncture universitaire (du fait du baby-boom, augmentation sensible du nombre de nouveaux profs) est favorable à la remise en cause des modèles académiques, au profit des sciences humaines. Bourdieu, dans ce contexte se « reconvertit » d’abord, en ethnologue (c’était plus classe que sociologue).

B. Le représentant d’un « courant sociologique »

1. Le structuralisme génétique

Bourdieu puise dans le champ conceptuel de différents courants en tentant de les combiner. Il ne se reconnaît dans aucun courant sociologique de l’époque (structuralisme, interactionnisme, subjectivisme) ni d’aujourd’hui entre l’individualisme méthodologique de Boudon, l’approche stratégique de Crozier, et l’actionnalisme d’Alain Touraine. Il oppose à ceux là, le structuralisme constructiviste (= holisme).

2. Un rayonnement incontestable
L’approche de Bourdieu fait école dans le monde entier. C’est une nouvelle grille de lecture des faits sociaux utilisée y compris chez des auteurs qui ne partagent pas l’intégralité de sa pensée. Les avancées scientifiques les plus marquantes se font dans le domaine de la culture au sens large (syst scolaire, art, musique…), des groupes sociaux (avec Boltanski), des classes d’âges (invention « 3e âge »). L’œuvre de Bourdieu dépasse le cadre de la sociologie et se manifeste dans d’autres sciences humaines : histoire (intégration par les socio de l’hist, perspective constructiviste des classes sociales), politique (compétence pol, degré de « politisation » fonction du capital culturel ; sondages, partis pol…)
II. Les engagements politiques et sociaux

A. L’usage social de la sociologie : une science libératrice

1. La dissociation entre travail sociologique et engagement personnel

Bourdieu a pris ses distances avec les formes d’engagement de l’intellectuel militant, présent sur tous les fronts et incarné par Sartre. Selon lui, le sociologue doit éviter le prophétisme (prétendre trouver des solutions à des problèmes sociaux imposés de l’extérieur). De plus, il doit veiller à ne pas se faire imposer son « objet philosophique » par les problèmes sociaux eux-mêmes ou par des commanditaires d’études sociologiques. Le sociologue ne doit pas être prisonnier des enjeux, des conflits idéologiques…

2. L’affirmation de la vocation politique de la sociologie au service des « dominés »
Cela n’exclut pas un désintérêt pour le politique, au contraire ! La sociologie ne doit ni être une science neutre, ni une idéologie politique mais doit avoir un usage politique : Fournir des éléments de compréhension du monde social qui permettront de lutter contre les stratégies de domination. La sociologie est un contre pouvoir garant de la démocratie. A l’arbitraire du « monopole de la violence (symbolique) légitime » de l’Etat, elle oppose une contre violence symbolique.

B. L’implication personnelle depuis le début des années 90

1. Un engagement individuel militant

Au début des années 90, Bourdieu, dans le prolongement de sa sociologie critique, milite en signant des pétitions (contre les lois Pasqua 96, contre la dérive sociale-démocrate du PS 99…), ou au travers la publication de témoignages (La misère du monde 1993), d’essais (Sur la télévision, L’empire du journalisme 1997…

2. Un réseau multiforme
Bourdieu se trouve en affinité avec divers mouvements (ATTAC, Agir Contre le chomâge…) et médias (Le Monde diplomatique, Les Inrockuptibles…). Au travers de son association « Raisons d’agir » crée après les pétitions (et grèves) de 95 et rassemblant des chercheurs, il veut donner plus de force sociale et politique aux analyses qui contredisent les discours économiques dominants diffusés quotidiennement à la télévision qui affirment sans cesse l’inéluctabilité des « lois d’arain » de la mondialisation néo-libérale, de la flexibilité au travail…

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Re: 1.Fiche de lecture: Pierre Bourdieu, vie œuvres concepts (Patrice Bonnewitz)

Message  Cyprien le Mer 22 Oct - 19:45

Chapitre 2 : Principales œuvres

Œuvre d’une grande richesse et diversité mais très cohérente (volonté permanente d’éprouver ses concepts dans l’analyse d’objets multiples).

I. Ouvrages collectifs

A. La Reproduction (1970) en collaboration avec J.-C. Passeron

1. L’école : instrument caché de domination
La Reproduction apparaît comme la synthèse théorique des Héritiers (1964), où est dévoilé la fonction reproductrice de l’Ecole. Cette fonction est révélée par le fait que la culture scolaire n’est pas neutre mais est celle de la classe dominante, transformée en culture légitime, objectivable et indiscutable. Exemples, contenu des disciplines : - épreuve orale considérée comme des épreuves de manière sanctionnant davantage la forme que le fond, ce que les jurys appellent la « présence », la finesse ou le « bon goût »
- épreuves écrites : la dissertation avec l’importance du « style » employé.
- Pédagogie qui présuppose un désir de connaissance, la possession d’une culture « libre » comme la musique ou la littérature = « Pédagogie de l’absence de pédagogie »
On ne juge pas l’excellence scolaire mais l’excellence sociale des candidats. L’école exerce une violence symbolique. Elle dévalorise le savoir et le savoir-faire des classes dominées.
De plus, « l’idéologie du don »/méritocratique, système de représentations au fondement de l’école républicaine et de l’idéologie politique libérale qui postule que les inégalité de réussite reflète des inégalités d’aptitude innées, voile les mécanismes de reproduction des inégalités sociales.
Conclusion : l’école sert légitime les inégalités sociales. Elle n’est pas libératrice mais conservatrice.

2. Un instrument caché de reproduction sociale
Elimination de catégories dominées par la culture (notamment entre la langue « bourgeoise » et « populaire », mais aussi celle acquise grâce à l’accès aux livres, voyages, médias…) et surtout par l’habitus (les individus anticipent leur avenir et ne désirent pas ce qui ds leur groupe est peu probable). => le problème n’est pas celui d’une inaptitude aux études ou d’un manque de ressources économiques.
Illusion de la « démocratisation » de l’enseignement : La croissance des effectifs n’a que peu modifié les chances d’accès des différentes classes au syst scolaire. Aux inégalités d’accès à l’enseignement se substitue des inégalités de cursus (différentes filières et options) Exemple : les étudiants des classes défavorisées s’orientent plus vers les facs de lettre et sciences et ceux des classes favorisée vers les facs de droit et de médecine.
Conclusion : Bourdieu a montré que l’école n’est pas neutre mais la source des la reproduction des privilèges culturels

B. Le métier de sociologue (1968) avec J.-C Chamboredon et Passeron

1. La rupture épistémologique
Principes d’une démarche scientifique qui implique d’une part de rompre avec le sens commun et d’autre part de construire le fait social. La première tache du sociologue, comme le disait Durkheim, est de s’écarter des idées préconçues, des doctrines, des jugements de valeur parce que :
- Ce sont eux-mêmes des produits non pas individuels mais sociaux souvent de l’Etat lui-même par la codification dans les domaines législatif et administratif (l’Etat produit des schèmes de perception, des termes nouveaux d’un langage qui n’est donc pas sociologiquement neutre mais enferme dans son vocabulaire et dans sa syntaxe une conception du monde).
Ainsi, les discours produits par les individus de manière inconsciente sont déterminés en partie par leurs caractéristiques sociales. Cette explication sociologique s’oppose à nos discours communs qui fondent nos actions sur les envies, les désirs. Cela permet de comprendre aussi les réactions hostiles face à la sociologie (!) qui s’oppose à toute philosophie humaniste et rationaliste voyant en l’homme un être doué de raison capable de maîtriser son destin (cf. Descartes).
- parce qu’ils fournissent des informations non scientifiques aux phénomènes sociaux. Le sociologue est aussi socialement situé ! => il doit avoir une réflexion épistémologique càd une étude critique des principes, des hypothèses et des résultats de sa science pour déterminer leur portée subjective et ainsi échapper à l’« ethnocentrisme de classe », ne pas oublier que certaines facettes de réel st perçues comme marginales ou accessoires contrairement à d’autres réflexion épistémologique.

2. La construction de l’objet
La sociologie doit échapper à la tutelle des approches concurrentes qui réfléchissent sur le même objet qu’elle : les hô vivant en sté.
La sociologie doit aussi s’affirmer comme discipline scientifique en s’appuyant sur une démarche scientifique qui repose sur plusieurs étapes tout en gardant à l’esprit que celles-ci peuvent à tout moment être reconsidérées. Tout d’abord, la définition d’une problématique qui s’inscrit à partir du sens commun, dans un champ théorique. Ensuite, la construction des hypothèses (explication provisoire de la nature des relations entre deux ou plusieurs phénomènes) qui permet de déduire des conséquences logiquement nécessaires entre hypothèses et conclusion et empiriquement confirmées. = démarche hypothético-déductive (s’oppose à la démarche inductive qui à partir des phénomènes étudiés, dégage des lois).
La sociologie forge donc de nouveaux concepts, qui pour éviter les fausses lectures du sens commun font l’objet d’une redéfinition.

3. Théorie et empirie
Différentes techniques pour conforter ses hypothèses tjr dans un souci d’objectivation des faits étudiés :
- quantitatives : données chiffrées obtenues à l’aide d’enquêtes par questionnaire écrit à réponses fermées
= méthode dominante jusqu’aux années 60.
- qualitative : reposent sur des entretiens avec une liste de questions ou de thèmes à aborder. Attention au risque d’artéfact = phénomène artificiel produit par le chercheur en questionnant individus sur des sujets où ils n’ont aucune connaissance.
Le modèle théorique de la sociologie repose sur la notion centrale de relations dans un champ social (ex : la société). Ainsi le sociologue ne doit pas tomber dans le piège de la connaissance immédiate à partir du sens commun et corrélativement de la conscience de déterminations du fait social par ses acteurs.
La sociologie de Bourdieu s’oppose à l’approche objectiviste (démarche d’enregistrement et de recherche de lois à la manière des sciences physiques ex : structuralisme de Levi-Strauss) et subjectiviste (tendance à privilégier l’individuel qui oublie toute détermination du sujet). Elle est elle-même divisée. Peut être conservatrice (vocation de maintenir et garantir l’ordre social) ou « libératrice ».

II. Ouvrages de « sociologie générale »

A. La distinction (1979)

1. La construction sociale des goûts
Analyse sociologique des jugements des dispositions et des jugements éthiques et esthétiques en les considérant comme l’enjeu de luttes entre groupes sociaux.
Les pratiques et jugement culturels émis par les agents - sont des produits sociaux qui s’inscrivent dans une hiérarchie allant du goût « pur » au goût « barbare » (opposition théâtre classique/de boulevard ; musique classique/chanson…). La légitimité culturelle est acquise au sein de l’institution scolaire et de la famille. On observe corrélation statistique entre compétence artistique et possession capital culturel élevé.
- fondent des stratégies de distinction diversifiées dans la sté globale (par les vêtements, les loisirs…) et dans le champ culturel (les individus des classes dominantes optent pr des stratégies de conservation contrairement à ceux des classes dominées qui pratiquent des stratégies de subversion). L’accumulation du capital culturel devient un enjeu entre groupes sociaux et cette acquisition se fait par le biais de l’habitus et fonde ainsi différents « styles de vie ». => homologie entre structure des classes et des goûts

2. L’homologie entre l’espace social et les goûts de classes
• La classe dominante : cherche à maintenir sa position par une stratégie de distinction par son hexis (aisance corporelle), son langage, lieux de villégiature… en définissant au reste de la sté le « bon goût ». De plus, dès qu’une pratique se diffuse, s’y substitue une autre réservée aux mbres des classes domi (CD)
• La petite bourgeoisie : se caractérise par habitus fondé sur la restriction par prétention = volontarisme rigoriste lié à volonté d’ascension sociale. « bonne volonté culturelle » (/rapport C.D.). On distingue :
• Les Classes populaires : habitus qui valorise l’utile à l’agréable ainsi que la force physique comme dimension de la virilité. A mettre en relation avec leur situation de salarié et ds refus d’être assimilé à PB.
Conclusion : ouvrage donne logique sociale aux pratiques jugées individuelles (« les goûts et les couleurs ne se discutent pas »). Critiques sur l’approche utilisée ainsi que sur les résultats qui dénient toute autonomie culturelle aux individus et transforment culture en instrument de lutte des classes.

B. Méditations pascaliennes (1997)

1. La critique de la « raison scolastique »
Jette les bases d’une sociologie réflexive. Les idées les + abstraites/universelle st profondément tributaires des conditions de production. Bourdieu critique la situation scolastique (du grec « skholê », le loisir) qui implique que pour penser il faut se retirer du monde et ainsi toutes les théories prétendant inscrire dans la réalité du monde ce qui n’est en fait qu’une vision des choses (ex : le contrat social de Rousseau, la théorie de la justice de Rawls… qui ne sont que des illusions rationalistes). Bourdieu pour exprimer sa position transpose au champ social ce que Pascal disait de l’hô à l’égard de l’univers : « Par l’espace, l’univers me comprend et m’engloutit comme un point ; par la pensée, je le comprends. »

2. La production sociale des êtres et des idées
Bourdieu propose pr éviter de tber ds ce piège des outils méthodologiques et conceptuels :
L’autonomie s’acquiert par : - l’historicisation = l’études des conditions de prod d’un savoir autonome.
- l’autonomie du champ vis-à-vis des autres sphères sociales par la confrontation critique (ex de la compétition entre labo)
- analyse d’auto élucidation des présupposés propres à une science
Il faut « rechercher l’universalité des stratégies d’universalisation ».
Il faut renoncer à séparer corps et pensée : les logiques d’action st le pdt de l’habitus (connaissance par le corps) ds un milieu donné. C’est en analysant la manière il est acquis que l’on peut espérer s’en libérer. En transposant Pascal, pour B, l’individu est bien « englouti » par l’espace social mais il peut le comprendre et agir sur lui. Bourdieu appelle à un renforcement de « l’autonomie du champ intellectuel », lieu par excellence où ma critique scientifique des mécanismes sociaux peut pdre forme et se développer.

III. Etude de champs sociaux particuliers

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