Fiche de Lecture: Le siècle des intellectuels – Michel Winock

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Fiche de Lecture: Le siècle des intellectuels – Michel Winock

Message  Cyprien le Jeu 11 Sep - 23:46

Le siècle des intellectuels – Michel Winock
Seuil, « Essais », 1997, Prix Médicis essai 1997, 706 p.

1. Présentation de l’auteur


Michel Winock, né en 1937, est un historien français spécialiste de l’histoire de la République française, de l'antisémitisme, du nationalisme, des mouvements d'extrême droite en France et des mouvements intellectuels. Il est professeur des universités en histoire contemporaine à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris.
Il est notamment l’auteur du Siècle des intellectuels (1997), pour lequel il a reçu le prix Médicis en 1997 dans la catégorie essai, et des Voix de la liberté (2001), salué par l'Académie française, et a dirigé avec Jacques Julliard le Dictionnaire des intellectuels français.

2. Résumé et analyse de l’ouvrage (troisième partie et épilogue)

2.1. Présentation de l’ouvrage


Le terme d’« intellectuel » qui est l’objet de l’ouvrage de Michel Winock est d’apparition récente. Il est directement lié à l’affaire Dreyfus en France en 1898 : le mot a été adopté par Maurice Barrès et Ferdinand Brunetière, antidreyfusards, qui dans leurs écrits entendaient dénoncer l’engagement d'écrivains comme Émile Zola, Octave Mirbeau ou Anatole France en faveur de Dreyfus, et sur un terrain – les affaires militaires et l'espionnage – qui leur était étranger. La connotation péjorative initiale a ensuite très largement disparu au profit d’une image positive d'hommes qui s'engagent dans la sphère publique pour défendre des valeurs.
Michel Winock dans Le siècle des intellectuels tente de retracer l’histoire des intellectuels, au sens que ce mot a pris lors de l’affaire Dreyfus, à travers la description des affrontements politiques qui ont opposé des écrivains, des philosophes, des artistes, des scientifiques… Trois noms qui ont marqué leur époque de leur influence symbolisent trois moments qui structurent son essai en trois parties : Maurice Barrès pendant l’affaire Dreyfus jusqu’à la Grande Guerre ; André Gide dans l’entre-deux-guerres ; et Jean-Paul Sartre, après la Libération.
Cette fiche de lecture se limitera à l’étude de la troisième partie (les années Sartre) de 1945 à 1980 et de l’épilogue : « la fin des intellectuels ? » (230 pages).

2.2. Résumé de la troisième partie

Jean-Paul Sartre avant d’entamer une carrière de philosophe et d’écrivain, dont l’œuvre aura marqué le milieu du siècle, est un brillant normalien de la rue d’Ulm, reçu premier à l’agrégation de philosophie en 1929. Sans véritable conscience politique avant le second conflit mondial (il ne votait pas), celui-ci lui fait développer une philosophie d’action, d’engagement : l’existentialisme qui souligne la responsabilité totale de l’homme face à ses actes et encourage la fidélité de l’homme à ses idées.
A la libération le poids de la guerre et le souvenir des camps de la mort, la culpabilisation des uns et la peur des autres ainsi que la notoriété de Sartre, sa position de force dans le milieu de l’édition notamment à travers sa revue les Temps Modernes, lui permettra dominer la scène intellectuelle française à travers sa philosophie.
Ne pouvant bien évidemment être exhaustif par un résumé chapitre par chapitre en deux pages de l’ensemble de cette partie de l’ouvrage, celui-ci sera structuré en fonction des principaux évènements qui auront fait réagir les intellectuels durant les années Sartre.

2.2.1. Le coup de Prague (48 )
En 1948, paraît le Grand Schisme de Raymond Aron, essai qui montre l’existence de la Guerre Froide, cette « paix belliqueuse » qui structura les relations Est-Ouest jusqu’en 91. Pour ce qui est des intellectuels de gauche, on observera l’attrait ou l’intimidation du PC pour nombre d’entre eux (Claude Alevine, André Chamson, Georges Friedmann, Louis Martin-Chauffier, Vercors…).

2.2.2. Tito (48 )
La rupture titiste verra pour la première fois un éloignement de certains intellectuels de gauche du PC vers le « neutralisme », notamment Robert Antelme, Dionys Mascolo et Edgar Morin. Cette « troisième voie », qui est aussi celle des revues les Temps Modernes, Esprit ou encore l’Observateur peut se résumer par un « ni capitalisme, ni communisme ». Dans cette lignée, un nouveau parti politique soutenu par Sartre, le rassemblement démocratique révolutionnaire (RDR) voit le jour.

2.2.3. Le Procès Kravchenko (49)
En janvier 1949 s’ouvre à Paris le procès intenté par Victor Andréïevitch Kravchenko, soviétique réfugié politique aux Etats-Unis, aux Lettres Françaises pour diffamation à propos d’un livre, J’ai choisi la liberté qu’il publie en 1946 et qui décrit les réalités du monde soviétique. Cela permet pour la première fois de mettre en évidence l’existence des goulags en URSS. Pourtant l’intelligentsia de gauche refuse encore de critiquer la nature même du régime soviétique.

2.2.4. La guerre de Corée (50)
L’invasion nord coréenne au sud en 1950 est l’occasion pour Raymond Aron d’alarmer ses lecteurs sur « l’événement le plus grave depuis la fin de la deuxième guerre mondiale », qui valide la théorie du Grand Schisme. Aron prône l’intervention des Etats-Unis car « La seule chance de gagner la guerre totale, c’est de gagner la guerre limitée » affirme-t-il. En 1955 paraitra du même auteur l’Opium des intellectuels, ouvrage qui critique fortement les intellectuels de gauche.

2.2.5. le XXe congrès du PCUS, Budapest, Suez et l’Algérie (56)
L’année 1956, malgré la coexistence pacifique proclamée par Khrouchtchev, voit trois évènements, l’écrasement des révoltes ouvrières par l’URSS à Budapest, la nationalisation du canal de Suez par Nasser et la guerre d’Algérie, dégrader profondément l’image du PCF et de la SFIO dirigée par Guy Mollet en même temps qu’elle donne un coup de fouet à l’émergence d’une « nouvelle gauche », anticolonialiste (contre la torture en Algérie notamment) et anticommuniste qui donnera l’UGS en 1957 puis le PSA en 1960 puis le PSU.

2.2.6. La Ve République (58 )
La nouvelle constitution rédigée par le général de Gaulle en 1958 provoque de virulentes critiques notamment des Temps Modernes de Sartre, d’Esprit et de l’Express. Raymond Aron accueille avec circonspection le retour du général. Toutefois le projet constitutionnel sera approuvé à plus de 80 % des voix par les Français.

2.2.7. La guerre des 6 jours (67)
Le conflit israélo-arabe de 1967 mettra beaucoup d’intellectuels comme Sartre, proche d’Israël (contre l’antisémitisme) et des Arabes devant un dilemme. D’autres soutiendront Israël comme les signataires de l’« appel des intellectuels Français en faveur de la paix » ou du « comité de solidarité française avec Israël ».

2.2.8. Mai 68 (en France et à Prague)
Le double événement de mai 68 porte un nouveau coup au prestige du communisme soviétique. En France, il voit l’opposition farouche de Sartre et Aron, le premier s’étant à contre courant du mouvement intellectuel français rallié au communisme. Peu après des mouvements gauchistes maoïstes comme la gauche prolétarienne continueront à exister avant de disparaître dans les années 70.

2.2.9. Le triomphe de Soljénitcyne (1973)
La publication par le dissident soviétique Soljénitcyne de l’Archipel du Goulag achève de désacraliser le communisme aux yeux des intellectuels. De là vient aussi selon Michel Winock la coupure de la gauche intellectuelle et politique puisque grâce notamment au programme commun conclu avec le PC, François Mitterrand est élu président de la république en 1981.

2.2.10. Le retour de la droite intellectuelle à partir de 1968
L’après-68 marque aussi le début du renouveau de la droite libérale aronienne à travers notamment la revue Contrepoint de Liébert, et de la droite extrême ou « nouvelle droite » guidée par Alain de Benoist.

2.3. Les intellectuels en question (épilogue)

Au début des années 80, la fin annoncée de l’idéologie communiste et la mort de Sartre vont consacrer une évolution de l’ « intellectuel » par rapport au sens donné en 1898. C’est la conception aronienne de l’intellectuel, mélange de morale sans moralisme et d’engagement sans aveuglement avec une modération affirmée, qui triomphe. Mais d’après Winock, l’intellectuel serait aussi et surtout une force anonyme, ne s’exprimant qu’à l’occasion pour rappeler les valeurs universelles des droits de l’homme ou encore l’attachement à la démocratie (des éducateurs par exemple)- car « les assises éthiques de notre société imparfaite mais perfectible ne sont pas le monopole de quelques-uns, mais l’affaire de tous ».

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