Histoire économique de la France. de J-C Asselain Tome 1

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Histoire économique de la France. de J-C Asselain Tome 1

Message  Cyprien le Mer 31 Déc - 15:05

tiré de cette adresse: http://aloys.rigaut.free.fr/fiches/ASSELAIN.rtf

Histoire économique de la France. de J-C Asselain (vol.1, Points Seuil)

Les incertitudes de l'industrialisation française jusqu'en 1914 (1):

I/ Ralentissement, crises et dépression (1860-1890):
Introduction: Le ralentissement de la croissance dans les décennies du XIXème siècle est un phénomène reconnu de longue date que l'on désignait parfois sous le nom de "crise du capitalisme". phase de baisse de longue durée des prix du mouvement Kondratieff, entre 1873 et 1896. Fléchissement plus précoce en France, et dépression d'une exceptionnelle intensité. Considérable recul relatif. Au cours de la décennie 1880-1890, le produit national par habitant en France fléchit pour la première fois au-dessous de celui de l'Allemagne. Cinq indicateurs partiels: la productivité par actifs agricoles, la consommation industrielle de coton brut et la production de fonte, la consommation de houille et la force motrice mécanique utilisée dans l'industrie. La conclusion est claire: la France, qui égalait ou devançait l'Allemagne pour les 5 indicateurs en 1860, est distancée sur toute la ligne vers 1900. La supériorité de l'Allemagne est spécialement accentuée pour l'industrie lourde. Le renversement en faveur de l'Allemagne est encore plus impressionnant si l'on envisage la production globale (et non plus par habitant), puisque la croissance démographique est bien plus rapide en Allemagne.
1) Les origines du fléchissement:
Il n'y a pas eu de rupture brutale de la croissance, mais les premiers signes de fléchissement se manifestent dès les années 1860. Facteurs circonstanciels: la guerre de Sécession, les ravages du phylloxéra, etc. Essoufflement des constructions de chemins de fer. Mais surtout 3 facteurs primordiaux: l'influence du traité de commerce franco-britannique de 1860, les conséquences de la défaite de 1870, et enfin la dépression agricole.
a) Du traité de 1860 à l'accentuation des déséquilibres extérieurs: La France était en 1860 la seconde puissance commerciale mondiale et son industrialisation était avancée. Seconde puissance financière mondiale. Pourtant, l'ouverture libre-échangiste rencontre de très fortes résistances dans les milieux industriels; on parle de "nouveau coup d'Etat". Ses répercussions, à coup sûr, devaient être dissymétriques pour les 2 pays. Clause de la nation la plus favorisée. Toute une série de traités analogues seront ensuite signés avec la plupart des pays européens. Trois grands types d'effets favorables sont attendus du libre-échange: 1) mieux tirer parti de l'avantage comparatif en développant les spécialisations les plus adaptées; 2) produire dans de meilleures conditions grâce à l'élargissement du marché ("économies d'échelle"); 3) stimuler l'innovation, sous la pression de la concurrence. Aucun de ces espoirs ne s'est réellement réalisé. Un fait est certain: l'industrie française n'a pas été surclassée par l'industrie britannique. L'évolution d'ensemble du commerce extérieur français est moins favorable que celle des échanges franco-britanniques. Plusieurs tendances préoccupantes: 1) la balance commerciale devient déficitaire; 2) La croissance des exportations industrielles accuse un ralentissement imprévu; 3) Les importations de produits industriels ont plus que triplé; 4) L'élément le plus significatif est l'accroissement du déficit agricole, phénomène à la fois immédiat et durable. Conditions de plus en plus difficiles pour l'agriculture française: croissance frappée de plain fouet pour les régions les plus dynamiques. Pour la première fois, la valeur totale des exportations industrielles enregistre une diminution absolue entre les années 1871-1880 et les années 1881-190. Du côté de l'offre, il faut rappeler que des accidents majeurs affectent les deux principales exportations française: le vin et la soie. Du côté de la demande, la France pâtit du rétablissement du protectionnisme par plusieurs pays européens à partir de la fin des années 1870, alors que la France ne prend des mesures partielles dans le même sens au cours des années 18820. Brusque aggravation du déséquilibre agricole.
b) Les conséquences économiques de la défaite de 1870: Les pertes humaines et matérielles sont d'évidence plus limitées que lors des guerres du XXème siècle. Le versement de 5 milliards de francs-or s'est effectué avec une facilité presque déconcertante (témoignage de la solidité financière de la France). Reste l'amputation territoriale: avec la cession de l'Alsace-Lorraine, la France perd 2 de se provinces les plus industrialisées. L'industrie métallurgique retrouve tout juste vers la fin des années 1880 son niveau de 1869.
c) Dépression agricole et déclin démographique: s'il ne fallait désigner qu'une seule "cause" du déclin relatif de l'économie française durant cette période, c'est la dépression agricole qu'il faudrait retenir. Le produit agricole français enregistre une stagnation quasi totale sur au moins 2 décennies (1870-1890), alors que, pour l'industrie, la dépression signifie un simple ralentissement de la croissance. Effet de freinage exercé sur l'industrialisation par la dépression agricole. Crise viticole: crise de sous-production imputable aux ravages du phylloxéra. Crise céréalière: d'origine purement "économique", avec la baisse prolongée des prix; importations nettes de blé; réaction tardive du gouvernement, et encore, sa politique ne réussit finalement qu'à freiner la baisse des prix, en maintenant un grand nombre de petites exploitations au voisinage du deuil de survie, sans leur donner les moyens de se moderniser. C'est là sans doute le coeur du problème: directement menacée par la concurrence extérieure, l'agriculture française témoigne d'une faible capacité d'adaptation. Les migrations vers les villes ne tendent nullement à s'accélérer; la dépression semble même avoir eu pour effet de rigidifier encore les structures agraires. "Renforcement dans les campagnes d'une classe de petits propriétaires, attachés à des exploitations récemment et difficilement acquises" (M.Lévy-Boyer). facteur manifeste de freinage du progrès agricole. Quant aux grandes exploitations, elles tardent à se moderniser. La situation difficile de l'agriculture contribue à expliquer l'accentuation du déclin démographique, au moment même où le rythme de croissance de la population atteint souvent son maximum dans les autres pays. La pyramide des âges se modifie défavorablement. Les effets du vieillissement s'ajoutent ainsi à la rétention de la main-d'oeuvre dans les campagnes.
2) Freinage et réorientation de la croissance industrielle:
L'évolution de la production industrielle est complexe et marquée surtout par de fortes irrégularités: schématiquement, on peut repérer une phase d'essor rapide (1875-1882), encadrée par la défaite de 1871 et par la dépression des années 1880.
a) la décélération industrielle: ampleur et limites. La dépression agricole exerce une double influence: elle tend à la fois à freiner les migrations de main-d'oeuvre vers l'industrie, et à réduire la demande de produits industriels. Ce dernier facteur semble avoir joué un rôle bien plus décisif que le premier. 2 facteurs, notamment ont joué un rôle "compensateur: d'une part, la France devient à cette époque un pays d'immigration; d'autre part, il s'est produit un accroissement du taux d'activité, en raison surtout d'une augmentation de la population active féminine hors agriculture. Progression soutenue des salaires. L'amélioration des salaires en période de baisse des prix implique, pour les entreprise, un renchérissement du coût réel de la main-d'oeuvre. Rôle de stimulant du progrès technique. En revanche, l'industrialisation a certainement pâti de la stagnation complète du pouvoir d'achat des agriculteurs durant près d'une génération, et du freinage de la demande de produits industriels qui en est résulté. La France, pour les grands produits agricoles, devient importatrice nette entre 1860 et 1890: la simple stabilisation du taux d'importation dans la période postérieure suffira à rétablir des conditions nettement plus favorables à l'expansion industrielle. Un autre facteur "dépressif" agit du côté de la demande: le plafonnement de la demande extérieure de produits industriels. facteurs aggravants d'ordre interne (du côté de l'offre), dont l'industrie de la locomotive est un bon exemple (...). Un élément compensateur: l'accroissement des dépenses publiques. Elles s'accroissent rapidement au cours des années 1870, pour atteindre un maximum au début des années 1880, avec ensuite une stabilisation d'une trentaine d'années. Accroissement de la part des dépenses économiques et sociales dans le total des dépenses de l'Etat. cf. programme de grands travaux lancé en 1879 par le gouvernement Freycinet. Ce soutien temporaire, qui ne suffit pas à provoquer de véritable relance, prend fin en 1882. Programme anachronique d'aide à la construction de voiliers lancé en 1892. Toute cette politique a eu pour résultat de rendre la dépression mois brutale, et sans doute contribué à éviter un effondrement durable de la métallurgie; mais en fait ne fait que retarder jusqu'aux années 1880-1890 le creux le plus profond. Chute des profits et augmentation du nombre de faillites.
b) L'adaptation de l'industrie française: La restructuration géographique et sectorielle de l'industrie française dans son ensemble tend à compenser le recul de certaines activités. Métallurgie: nouveaux centres industriels et déplacement cers les façades maritimes. Textile: migration géographique de l'industrie cotonnière; la vieille industrie lainière a été moins éprouvée et entre dans une phase de modernisation accélérée (le centre de Roubaix-Tourcoing renforce sans cesse sa prééminence. De façon générale, la croissance industrielle est fortement marquée par le fait nouveau de première importance de la croissance soutenue des salaires réels. Dynamisme des dépenses d'équipement industriel. L'héritage du Second Empire (développement du système bancaire, modernisation du statut juridique des S.A) contribue sans doute à créer un cadre favorable. Les banques, du mois jusque dans les années 1880, interviennent activement dans le mouvement des affaires. "Substitution du capital à la main-d'oeuvre". Rôle de stabilisateur de la progression des salaires réels. Rien en particulier ne suggère un affaiblissement du dynamisme intrinsèque de l'industrie française.

Cyprien
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Re: Histoire économique de la France. de J-C Asselain Tome 1

Message  Cyprien le Mer 31 Déc - 15:05

II/ Impulsions nouvelles et dynamisme de la croissance à l'orée du XXème siècle:
Nouveaux éléments annonçant l'entrée "de plain-pied" dans le XXème siècle: le rôle de l'automobile, la mécanisation agricole, l'accroissement rapide des dépenses d'éducation, la prépondérance de la monnaie scripturale dans la progression de la masse monétaire... Très forte continuité entre la croissance de la "Belle Epoque" et celle des années 1920; au contraire, l'opposition est très frappante avec la phase de ralentissement précédente. Le nouvel élan de la fin du XIXème siècle a pour originalité d'intervenir en pleine paix, et c'est le seul exemple jusqu'à maintenant d'une reprise (à l'issue d'un ralentissement de longue durée) qui ne soit pas la suite d'une guerre. Accélération du mouvement des affaires, profits records de la "Belle Epoque", apparition d'industries nouvelles, "seconde révolution industrielle. Mais image dominante d'une France qui résiste au changement, une France plus soucieuse d'équilibre que de croissance, passionnément attachée à la protection des "droits acquis" et à la défense des "classes moyennes". Permanence de la petite propriété paysanne. Nombreux exemples de politiques conservatrices (...). Indiscutable réaccélération de la croissance.
1) Vue d'ensemble:
a) L'insaisissable retournement: Le retournement de tendance est difficile à dater avec précision. Le mouvement des prix permet très simplement, à première vue, de repérer et de dater le point tournant: 1896. les prix, en effet, après avoir baissé jusqu'en 1896 sont désormais à la hausse jusqu'à la guerre de 1914 et au-delà. Mais les dates charnières varie selon les auteurs de près de 15 ans: de 1892 à 1906-1907... Bond en avant sans précédent de la population active employée dans l'industrie (1891-1896). Amorce d'un redressement dès 1890 pour l'investissement industriel, le produit industriel et le produit agricole. Le commerce extérieur, au contraire, n'enregistre qu'une reprise tardive et plus graduelle. La production industrielle a aussi connu un ralentissement prolongé entre 1901 et 1905. La période 1890-1913 forme donc un tout.
b) Les traits distinctifs de la période 1890-1913: Cette période apparaît comme une période d'expansion monétaire et de prospérité financière, que l'on peut qualifier d'apogée du capitalisme. La masse monétaire double entre 1895 et 1913. Conjoncture inflationniste. Les effets sur l'activité économiques sont d'autant plus sensibles que la hausse des prix n'est pas anticipée. Arrêt de la croissance des salaires réels. La hausse des profits, au contraire, prend des proportions exceptionnelles: le sommet est atteint en 1913. Quant aux émissions d'actions et d'obligations industrielles, elles ont plus que triplé en 15 ans. La croissance économique, mesurée en termes réels s'est également accélérée. Accélération encore plus nette en termes de productivité. Modification des bases de la croissance. La part des dépenses publiques dans le produit national tend à diminuer. Diminution des investissements ferroviaires et de l'ensemble des investissement de base. Ce sont les investissements industriels qui jouent de plus en plus un rôle de premier plan. Elévation marquée de l'intensité capitalistique. En même temps, les axes de croissance se sont modifiés: moteur à explosion, électricité, industries métallurgiques, chimiques,... Percée exceptionnelle de produits nouveaux: aluminium, caoutchouc, automobile, cinéma. Quant à l'agriculture, elle a au moins cessé d'être un facteur de freinage de la croissance industrielle.
2) les conditions extérieures:
a) le rétablissement du protectionnisme: Le nouveau tarif de 1881 amorce le retour au protectionnisme. Le problème du régime douanier est l'un des thèmes majeurs sur lesquels se font les élections de 1889. Méline regroupe les mécontents dans une "Association de l'industrie et de l'agriculture françaises"; la coalition protectionniste gagne les élections et, après 2 ans de débats très vifs, une loi de janvier 1892 autorise le gouvernement à dénoncer tous les traités de commerce en vigueur: cf. le nouveau et modéré "tarif Méline" de 1892, la "loi du cadenas" de 1897.
b) Le dynamisme des échanges extérieurs: L'accentuation du protectionnisme n'a pas empêché un nouvel essor du commerce international. Le durcissement de la concurrence économique internationale est en partie responsable des rivalités et conflits entre les grandes puissances pour la conquête de débouchés coloniaux, avec toutes les conséquences qui en découlent... Néanmoins, les effets directs du rétablissement du protectionnisme ont été indiscutablement favorables pour l'économie française. L'agriculture a éprouvé un soulagement immédiat: redressement des prix et revenus agricoles, diversification des importations agricoles. L'évolution des échanges de produits industriels est encore plus surprenante. Sur l'ensemble de la période (entre 1887-1891 et 1909-1913), les exportations de produits industriel ont doublé. La demande extérieure joue à nouveau un rôle moteur. L'évolution de l'industrie française après 1892 ne confirme donc guère les thèse traditionnelles inconditionnellement hostiles au protectionnisme.
3) Le nouvel élan de l'industrialisation:
a) Les industries nouvelles: L'exemple-type de ces industries nouvelles est l'industrie automobile, dont l'apparition remonte aux années 1890. Second producteur et premier exportateur mondial. Souvent les entreprise de construction automobile ont pour origine la reconversion de firmes préexistantes (Panhard, Peugeot); parfois, entreprises entièrement nouvelles (Berliet). L'industrie automobile est à l'origine un monde de petits artisans secoué par des faillites. Croissance spectaculaire de quelques entreprises qui annonce le développement ultérieur de la concentration: cf. Renault. La diffusion rapide de l'automobile a été favorisée par l'inégalité des revenus et des fortunes dans la France de la "Belle Epoque". Autres industries nouvelles: la construction aéronautique; l'électricité continue de jouer un rôle croissant dans l'expansion (Thomson-Houston est créé en 1893, la CGE en 1898). La consommation d'électricité quintuple entre 1900 et 1913. Hydroélectricité, électro-chimie, électro-métallurgie. La production d'aluminium bat tous les records (x10 entre 1900 et 1913). cf. inventions des procédés Solvay, Bayer, électrolytique.
b) L'avance générale de l'industrialisation: L'innovation dans la France du XXème siècle n'est déjà "plus seulement fortuite, mais structurelle, c'est-à-dire recherchée de manière permanente" (F.Caron). Série d'interactions entre les différentes branches. De façon générale, le contraste entre les industries récentes et les industries traditionnelles est moins marquée pour les gains de productivité que pour le taux de croissance de la production. Textile: "second souffle" de l'industrie cotonnière"; le lin et la soie entre en convalescence. Nouveau départ de la métallurgie. L'ère de l'acier succède à l'ère de la fonte et du fer. Activités nouvelles, diversification de la production, puissante concentration des productions de base, nouvelle métallurgie lorraine. Production d'acier x15 (1890-1913).

III/ Forces et faiblesse de l'économie française à la veille de 1914:
1) Retard ou spécificité du développement français?
Selon la vision traditionnelle de l'économie française, la France n'est encore vers 1914 qu'un pays semi-industrialisé: poids relatif élevé de l'agriculture, faible taux d'urbanisation. Série de problèmes communs aux nations de la "première génération industrielle": prépondérance relative des industries anciennes, retard de la concentration industrielle, exportations de capitaux (cf. le débat à ce sujet). Mais tableau trop unilatéral. Il y a des éléments de dynamisme.
a) Vieillissement précoce et dominante rurale: cf. La baisse précoce de la natalité qui n'a cessé de s'accentuer à long terme. Phénomène généralisé de "dénatalité". Le renouvellement des générations n'est plus assuré. Les progrès de l'espérance de vie restent lents. Tuberculose. Phénomène de vieillissement. Population en majorité rurale. Le "retard" en termes d'urbanisation par rapport à la GB est de l'ordre d'un siècle. Dans la population active, prédominance de la population agricole (~ 40% en 1913), accroissement assez précoce du tertiaire (~ 30%), mais secteur très hétérogène. La proportion de salariés en 1911 n'est que de 46% (contre ~ 90% pour la GB). Très forte résistance au changement de la société française, mais cette "rigidité" comporte 2 correctifs: la croissance du taux d'activité (hausse de la proportion de la tranche d'âge 20-60 ans, de l'emploi féminin, de l'immigration), et l'émigration rurale (la population rurale diminue et engendre un flux assez régulier de migrations vers les villes).
b) Déséquilibres régionaux et pôles de croissance: Grands écarts interrégionaux. Division de la France en 2, selon une ligne Cherbourg-Marseille. La France de l'Ouest et du Sud-Ouest est à la fois mois avancée du point de vue agricole, et moins industrialisée; sous-industrialisée, cette France du Sud-Ouest apparaît même dans certaines régions en voie de désindustrialisation. Le pôle parisien détient, dans la France de 1913, une prééminence absolue, d'ordre politique, administratif et culturel, mais aussi économique; premier pôle industriel français, gamme d'activité remarquablement diversifiée. En dehors de la région parisienne, 3 foyers principaux: le Nord, la Lorraine, la région lyonnaise.
c) Concentration et productivité: L'industrie française passe pour "faiblement concentrée", typique d'un degré de concentration relativement peu avancé". Mais attention: il faut différencier concentration géographique, concentration sous forme d'ententes industrielles ou de groupes financiers, concentration au niveau des entreprises et au niveau des établissements. Géographiquement, l'industrie française est fortement concentrée. Cartellisation dans certaines branches. De façon générale, les ententes industrielles tendent à se renforcer et à se généraliser surtout à travers la formation de groupements d'intérêts de caractère défensif. Il ne faut pas exagérer l'effet négatif de ce processus de cartellisation sur les progrès de l'industrialisation. Les ententes ont rarement pour effet de maintenir des prix anormalement élevés. Il faut également se garder de tout schématisme en ce qui concerne la relation entre faible concentration technique et faible productivité. Impression d'éparpillement, mais situation extrêmement diverse. Les branches les plus dynamiques se répartissent entre les groupes des industries dispersées et celui des industries très concentrées. Résultats parfois imprévus: ainsi, il apparaît une corrélation inverse entre la taille moyenne des établissements et la valeur ajoutée moyenne par travailleur de la branche. /GB, deux grandes tendances à dégager: en premier lieu, la France a l'avantage, en général, pour les industries "jeunes", comme l'industrie du caoutchouc, l'industrie pétrolière, les industries électriques; en second lieu, on peut opposer globalement le désavantage relatif de l'industrie française dans les activités de base, à son avantage dans les industries de transformations. L'économie française a "mieux vieilli" que l'économie anglaise.
2) L'économie française dans le monde:
a) France, GB, Allemagne: niveaux de développement comparés: Le produit national français en 1913 est certainement inférieur à celui de l'Allemagne, mais il est voisin de celui de la GB. Les comparaisons fondées sur les indicateurs sectoriels de développement donnent, à vrai dire, une image sensiblement plus défavorable de la position française. Le retard de l'industrie française a cessé de s'accélérer au début du XXème siècle.
b)Les structures du commerce extérieur: déficit commercial, mais balance des paiements courants structurellement excédentaire pour les 3 pays. Les matières premières constituent le principal poste d'importations, tandis que les produits industriels dominent les exportations. Cependant, différences non négligeables dans la structure des exportations. La part des produits industriels dans le total des exportations constitue en général un indicateur significatif du niveau d'industrialisation; or lacunes de la France dans ce domaine, surtout en ce qui concerne les produits des industries mécaniques. Caractéristiques intermédiaires pour les exportations textiles et la part de l'Empire colonial. Points forts: automobiles, produits manufacturés de luxe et demi-luxe. La GB est depuis longtemps le meilleur client commercial de la France. Le retard de l'industrialisation française est compensé, jusqu'à un certain point, par une spécialisation favorable, bien orientée par rapport à l'"avantage comparatif" de l'économie française, et qui lui permet de bénéficier d'une demande croissante à long terme.
c) Les exportations de capitaux et l'équilibre extérieur de l'économie française: Le déficit de la balance commerciale française est plus que compensée par 3 catégories de rentrées "invisibles": excédent pour les frets et les assurances, pour le tourisme, et surtout pour les revenus des capitaux placés à l'extérieur. Seconde puissance financière mondiale ( problème de la signification de ces exportations de capitaux: reflet d'un manque de dynamisme interne?, etc.). C'est la très large prépondérance des "investissements de portefeuille" qui caractérise les investissements extérieurs français. Au contraire les "investissements industriels directs" sont peu développés, ce qui confirme l'image traditionnelle du "capitalisme français comme "capitalisme rentier". Répartition géographique: importance réduite des investissements coloniaux; investissements largement axés sur l'Europe (Russie = 1/4 du total à elle seule). Mais faibles "retombées" pour l'économie française. Cependant, il serait sans doute hâtif d'en déduire que les exportations de capitaux ont exercé une influence dépressive notable sur l'économie française. Objection de poids: les phases d'accélération de sorties de capitaux (1840-1860, 1900-1913) concordent de façon remarquable avec les phases de forte expansion de l'activité économique et des investissements intérieurs. Tout se passe comme si la fortune française à l'étranger progressait régulièrement d'elle-même, par réinvestissement des intérêts et des profits, en marge de l'économie française. Ceci expliquerait assez bien la relative facilité avec laquelle l'économie française supportera l'anéantissement d'une grande partie de sa fortune extérieure au cours de la guerre de 1914.

cf. débat entre malthusianistes et populationnistes, les débats sur la formation du capital (système bancaire,...), sur l'intervention de l'Etat, sur les fondements de l'expansion coloniale, sur les responsabilités du protectionnisme dans l'affaiblissement des capacités de modernisation à long terme, la question des inégalités sociales et régionales, ainsi que la question des tendances nouvelles reflétant l'émergence du capitalisme industriel (la part croissante des valeurs mobilières dans les grandes fortunes, et des dividendes dans le revenu des possédants,...).

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