Fiche de lecture Simone Veil "Une vie"

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Fiche de lecture Simone Veil "Une vie"

Message  Sabine le Mer 5 Nov - 23:00

AUTEUR : Simone Veil

TITRE : Une vie

GENRE : Mémoires

FAIT NOTABLE CONCERNANT LA PRODUCTION ET LA PREMIERE EDITION :
Œuvre parue en décembre 2007.

PLACE DE L’ŒUVRE DANS L’HISTOIRE DES IDEES : Cette œuvre s’inscrit dans le devoir de Mémoire. En effet Simone Veil a été déportée à l’âge de 16 ans à Auschwitz. Elle délivre à travers son livre un message, celui de ne pas oublier les atrocités qui ont été commises. Elle est dans la lignée d’autres autobiographies comme Si c’est un homme, Primo Levi, W ou le souvenir d’enfance, Georges Perec…

INTERET DE LECTURE : Il s’agit d’un véritable témoignage, tant sur l’histoire du génocide des juifs en France que sur la vie politique française de la deuxième moitié du XXe siècle, en particulier sur la place des femmes en politique, sur la construction et l’avenir de l’Union européenne.

DIFFICULTES DE LECTURE : La lecture est facile car l’auteur refuse tous les tabous et conformismes de pensée quels qu’ils soient. C’est une grande et belle leçon de liberté qui est donnée à chaque page. De plus, ce livre est écrit avec le recul du temps et l’expérience politique de son auteur : cela apporte une maîtrise de l’émotion et une distanciation par rapport aux faits. A peine l'auteur s'offre-t-elle quelques coups de griffe, aux dépens de Françoise Giroud et de Raymond Barre qui ne sont plus là pour s'en plaindre, et de François Bayrou qu'elle ne ménage pas.

RESUME DE L’INTRIGUE :
Enfance : Simone Veil est née en 1927, au sein d’une famille cultivée. Elle est la cadette de la famille et vit sous l’autorité d’un père assez strict, architecte de profession et d’une mère aimante, dépendant entièrement de son mari. Elle a vécu la majeure partie de son enfance à Nice. Elle décrit l’insouciance face à la menace qui s’abat sur l’Europe, puis sa déportation avec sa mère et une de ses sœurs Milou à l’âge de 16 ans à Auschwitz. Elle connaîtra les trains de la mort, les kapos, l’odeur des fours crématoires, puis la déshumanisation des camps avec son matricule 78651, la mort progressive de ses proches et enfin la libération accompagnée de son retour en France.
Etapes de sa vie d’adulte : Simone Veil parle aussi de sa reconstruction : la rencontre avec son mari Antoine Veil, le mariage heureux, la naissance de ses trois enfants ; et sur le plan professionnel la reprise d’études de droit, ainsi que les premiers postes dans l’administration pénitentiaire. Elle rejoint en 1974 pendant le septennat de Valery Giscard d’Estaing, le gouvernement en tant que ministre de la Santé. Madame Veil s’illustre en libéralisant l’accès à la contraception et en luttant pour la fameuse loi sur l’IVG, qui sera votée en 1975. Militante européenne convaincue, elle devient la première femme accédant au poste de présidente du Parlement européen de Strasbourg. En 1993, elle quitte ses mandats européens pour rejoindre le ministère des Affaires sociales et de la ville du gouvernement Balladur. Puis, elle siège au Conseil constitutionnel jusqu’en 1997. Pendant plusieurs années, Madame Veil s’est occupé d’associations à vocation européenne et fut la présidente d’honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah. Aujourd’hui, Simone Veil s’est retirée de la vie politique mais demeure une figure emblématique loin des clivages gauche/droite.

FONCTION DOCUMENTAIRE : Au delà du devoir de mémoire, déjà évoqué, ce qui frappe d’emblée dans ce témoignage : c’est à la fois que Simone Veil soit une femme exceptionnelle ayant vécu un destin hors du commun, mais aussi le fait qu’elle soit représentative de toute une génération de femmes, intellectuelles et engagées pour leur pays après la guerre. Je pense notamment à Simone de Beauvoir ou aux différents mouvements féministes comme MLP.

CHOIX DE CITATIONS :

Réflexion sur la déportation et le sort des Juifs :

« Je peux oublier beaucoup de chose mais pas ces dates [dates de son arrivée et de son départ d’Auschwitz]. Elles demeurent attachées à mon être le plus profond, comme le tatouage du numéro 78651 sur la peau de mon bras gauche. A tout jamais, elles sont les traces indélébiles de ce que j’ai vécu. »

« Eux [les résistants] sont dans la position des héros, leur combat les couvre d’une gloire qu’accroît encore l’emprisonnement dont ils l’ont payée ; ils avaient choisi leur destin. Mais nous, nous n’avions rien choisi. Nous n’étions que des victimes honteuses, des animaux tatoués. Il nous faut donc vivre avec ça, et que les autres l’acceptent. »

« Cette mémoire des Justes est un trésor dont la sauvegarde est d’autant plus précieuse que le monde où nous vivons me semble menacé, non seulement par le désordre climatique, mais par le retour des intégrismes »

« Au son du piano, mon regard se perd face à mes tableaux familiers tandis qu’à nos côtés, tous ces morts qui nous furent si chers, connus et inconnus, se tiennent en silence. Je sais que nous n’en aurons jamais fini avec eux. Ils nous accompagnent où que nous allions, formant une immense chaîne qui les relie à nous autres, les rescapés"

Réflexion sur la loi sur l’IVG :

« Plus nous nous rapprochions de l'échéance du débat, et plus les attaques se faisaient virulentes. Plusieurs fois, en sortant de chez moi, j'ai vu des croix gammées sur les murs de l'immeuble. A quelques reprises, des personnes m'ont injuriée en pleine rue. (...) Je n'avais pas d'états d'âme. Je savais où j'allais. Le fait de ne pas moi-même être croyante m'a-t-il aidée? Je n'en suis pas convaincue. Giscard était de culture et de pratique catholiques, et cela ne l'a pas empêché de vouloir cette réforme, de toutes ses forces. »

« Je m’accoutumai à entendre les hommes croisés ici ou là me dire : « Ma femme a tellement d’admiration pour vous.» Le sens du propos ne m’échappait pas : ma femme vous admire, mais pas moi. En réalité, les hommes ne se sont jamais intéressés à cette loi.»

Réflexion sur les partis politiques :

« J'ai ainsi quitté l'UDF sans regrets. Je devrais plutôt savoir gré à François Bayrou de m'avoir pratiquement mise à la porte. Tout bien pesé, je n'étais pas faite pour de telles pratiques. Je manque de la souplesse nécessaire et, de surcroît, je suis incapable de travestir mes convictions. A partir de ce moment, je n'ai plus fréquenté aucune formation politique, UDF ou autre, et je ne m'en suis pas plus mal portée. »
Réflexion sur l’Europe :

« C’est ici [en Europe], où le mal absolu a été perpétré, que la volonté doit renaître d’un monde fraternel, d’un monde fondé sur le respect de l’homme et de sa dignité. »


CRITIQUES :

« Un destin exceptionnel parsemé de combats : à 80 ans Simone Veil se raconte » L’Express

« A la fois peste et drôle, tendre et à vif. «Une vie», c’est le titre qu’elle a chipé à Maupassant. Une sacrée vie. » Le Nouvel Observateur

Sabine
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